ODILE MASSON-ECRIVAIN PUBLIC-HIVER 2020

2002-2020, génération 2.0 - Histoire de janvier 2020

 

2002-2020, génération 2.0

 

 

Je suis Boris Léopard, né le 02/02/2002 à Moscou. Voici ma jeune, mais déjà surprenante histoire.

Mes arrière-grands-parents s’étaient liés d’amitié, dans les années trente à Paris, avec les Brasavitch, des russes blancs de Saint-Pétersbourg qui avaient quitté leur pays lors de la révolution de 1917. De naissance en décès, de mariage en divorce, de comédie en tragédie, de guerre en paix, nos deux familles se sont croisées, sans jamais se décroiser, au fil des grandes et des petites histoires de la vie et de la mort, les deux âmes éternelles slaves et françaises entremêlées à jamais dans des drapeaux aux mêmes couleurs mais inversées.

 

Mon père, un Léopard, devenu diplomate, a épousé ma mère, une Brasavitch, devenue professeur de russe. Après plusieurs postes dans les pays de l’est, mon père a été nommé ambassadeur de France à Moscou. Ma mère, qui m’attendait, a établi des liens avec la femme de l’ambassadeur russe à Paris, restée à Moscou, qui attendait son deuxième garçon, l’aîné étant parti à Paris avec son père. Ivan et moi sommes nés dans la même clinique le même jour. Je suis le cadet. Nous avons grandi ensemble, l’un apprenant le russe, l’autre le français. Nos mères nous emmenaient partout, de Moscou à Saint-Pétersbourg, de musée en opéra, de Kasan à Vladivostok, de librairie en datcha, de vieille ville authentique en modernité vide de sens.

 

Rattrapés par une "ère politique et diplomatique glaciaire", les deux ambassadeurs ont été rappelés chez eux et, à l’aéroport, les familles se sont séparées en larmes. Nos mères nous ont offert à chacun un chiot en gage d’amitié. J’ai appelé le mien « Terrible » et Ivan a appelé le sien « Bataille ».

 

Après un temps neutre de quelques mois en France, mon père a été envoyé à Londres. Le père d’Ivan, quant à lui, est parti pour Berlin et, cette fois-ci, toute sa famille s’est installée en Allemagne avec lui. Continuant notre périple des langues européennes, nous avons appris l’anglais et l’allemand, les chiens aussi.

 

Notre génération ayant été biberonnée au web, les frontières n’existaient pas vraiment pour nous. Entre réseaux sociaux, messageries cryptées, visioconférences, partages de photos et de documents, nous étions toujours liés par un fil à la fois virtuel et réel. Les périodes des fêtes et des vacances permettaient  également aux deux familles de se voir régulièrement.

 

Mon petit bouledogue était comme un poisson dans l’eau à l’ambassade. Il avait une réputation de « Terrible » à faire respecter et il faisait tourner en bourrique tout le personnel. C’est simple, dès que tu voyais quelqu’un courir en criant « No, No !!! », tu étais certain qu’une nouvelle bêtise se préparait. Mais, il était tellement drôle que j’avais du mal à le disputer, et il le savait le bougre !! D’après mes informations, « Bataille » à Berlin, ce n’était pas triste non plus. Nos compagnons à quatre pattes étaient très joueurs.

 

Nous arrivons doucement au 02/02/2020 et à nos 18 ans respectifs. Nous laissons nos parents dans leurs ambassades et nous partons tous les quatre, Ivan, « Terrible », « Bataille » et moi, pour de nouvelles aventures. Nous allons poursuivre nos études en France.

 

Paris, prépares-toi à nous recevoir, Ivan, Boris et nous...

 

Odile Masson