ODILE MASSON-ECRIVAIN PUBLIC-HIVER 2020

Flashs-clashs à Paris - Histoire de février 2020

 

Flashs-clashs à Paris

 

 

Nous, Boris Léopard et Ivan Kotov, surnommés les « jumeaux », nous sommes nés  le même jour à Moscou.  Fils de diplomates,  l’un français et l’autre russe, nous sommes amis d’enfance.

Après Moscou, Londres et Berlin, nous vivons à Paris, pour nos études, avec nos deux bouledogues « Terrible » et « Bataille ». La fantasque fête donnée pour nos dix-huit ans respectifs, le 02/02/2020, est encore dans toutes les mémoires, même si  deux années se sont écoulées depuis et que l’ambiance est devenue beaucoup plus électrique.

Ivan bataille avec son père à propos de son avenir car il ne souhaite pas être ambassadeur. Il veut être interprète freelance, pour de grandes organisations humanitaires internationales, et faire le tour du monde. La famille Kotov voit dans ce projet un refus de reprendre le flambeau et Dimitri, le frère aîné d’Ivan, pense, à tort,  que j’ai une mauvaise influence sur lui.

Je souhaite, il est vrai, moi aussi, voler de mes propres ailes,  m’orienter vers l’enseignement et être, comme ma mère, professeur de russe. Mon père, bien que déçu, m’a donné sa bénédiction.

Il est bien dommage que le père d’Ivan n’ait pas eu la même sagesse. Il a donné l’ordre à son fils de rentrer à Moscou avec lui, après le mariage de Dimitri, prévu pour la Saint-Valentin à Paris.

Ivan, buté, a refusé de rentrer, d’être le témoin de son frère et même d’assister à son mariage. Il a trouvé un stage et est parti trois mois en Amérique du Sud. Je ne sais pas comment ils vont tous recoller les morceaux de ce beau miroir familial brisé.

Dimitri a fini ses études et est dans l’attente de son premier poste. Il a demandé à être attaché à l’ambassade russe à Paris. Humilié par son frère, il m’a prié de le remplacer.

Je suis donc témoin par défaut, mais chargé à plein temps des préparatifs. Allez, courage, Boris Léopard, tu en es capable!

Après le clash d’Ivan, voici le flash qui va changer le cours de ma vie. Cet éclair imprévu s’appelle Mya Nosenko, la fiancée de Dimitri.

J’ai rencontré Mya lors de la dégustation des mignardises prévues pour le buffet. Entre deux éclairs au café, deux regards se sont croisés.  Elle est clarinettiste dans un orchestre réputé qui se produit dans toute l’Europe.  Elle a également une passion surprenante, les perroquets.

Lorsque je suis allé pour la première fois chez elle, j’ai croisé  une autre « Mya », un magnifique ara qui porte le même prénom qu’elle. C’est assez troublant. Cet animal n’arrête pas de parler et déclare régulièrement : « C’est moi, la vraie Mya » !! « Terrible » est tombé en adoration devant cette créature époustouflante et attachante, il donne de la voix en même temps et c’est une joyeuse cacophonie.

J’espère que nos animaux, tous les deux notés tout en haut sur la liste des invités, vont bien se tenir lors de la cérémonie.

Me voici, le jour du mariage, amer, perdu et amoureux de la future femme de Dimitri. J’ai assisté mon rival toute la matinée et je suis à ses côtés à la mairie. Il est d’humeur sombre suite à une dispute avec Mya. Nous attendons ensemble...

Finalement, il n’y a pas eu de mariage. Mya, pour une raison mystérieuse, s’est envolée la veille avec son perroquet pour une destination inconnue. Les Kotov ont refusé de m’en dire plus.

Nos flashs et clashs familiaux ont noirci le ciel parisien en ce mois de février 2022.

 

 Odile Masson 

 

               

2002-2020, génération 2.0 - Histoire de janvier 2020

 

2002-2020, génération 2.0

 

 

Je suis Boris Léopard, né le 02/02/2002 à Moscou. Voici ma jeune, mais déjà surprenante histoire.

Mes arrière-grands-parents s’étaient liés d’amitié, dans les années trente à Paris, avec les Brasavitch, des russes blancs de Saint-Pétersbourg qui avaient quitté leur pays lors de la révolution de 1917. De naissance en décès, de mariage en divorce, de comédie en tragédie, de guerre en paix, nos deux familles se sont croisées, sans jamais se décroiser, au fil des grandes et des petites histoires de la vie et de la mort, les deux âmes éternelles slaves et françaises entremêlées à jamais dans des drapeaux aux mêmes couleurs mais inversées.

 

Mon père, un Léopard, devenu diplomate, a épousé ma mère, une Brasavitch, devenue professeur de russe. Après plusieurs postes dans les pays de l’est, mon père a été nommé ambassadeur de France à Moscou. Ma mère, qui m’attendait, a établi des liens avec la femme de l’ambassadeur russe à Paris, restée à Moscou, qui attendait son deuxième garçon, l’aîné étant parti à Paris avec son père. Ivan et moi sommes nés dans la même clinique le même jour. Je suis le cadet. Nous avons grandi ensemble, l’un apprenant le russe, l’autre le français. Nos mères nous emmenaient partout, de Moscou à Saint-Pétersbourg, de musée en opéra, de Kasan à Vladivostok, de librairie en datcha, de vieille ville authentique en modernité vide de sens.

 

Rattrapés par une "ère politique et diplomatique glaciaire", les deux ambassadeurs ont été rappelés chez eux et, à l’aéroport, les familles se sont séparées en larmes. Nos mères nous ont offert à chacun un chiot en gage d’amitié. J’ai appelé le mien « Terrible » et Ivan a appelé le sien « Bataille ».

 

Après un temps neutre de quelques mois en France, mon père a été envoyé à Londres. Le père d’Ivan, quant à lui, est parti pour Berlin et, cette fois-ci, toute sa famille s’est installée en Allemagne avec lui. Continuant notre périple des langues européennes, nous avons appris l’anglais et l’allemand, les chiens aussi.

 

Notre génération ayant été biberonnée au web, les frontières n’existaient pas vraiment pour nous. Entre réseaux sociaux, messageries cryptées, visioconférences, partages de photos et de documents, nous étions toujours liés par un fil à la fois virtuel et réel. Les périodes des fêtes et des vacances permettaient  également aux deux familles de se voir régulièrement.

 

Mon petit bouledogue était comme un poisson dans l’eau à l’ambassade. Il avait une réputation de « Terrible » à faire respecter et il faisait tourner en bourrique tout le personnel. C’est simple, dès que tu voyais quelqu’un courir en criant « No, No !!! », tu étais certain qu’une nouvelle bêtise se préparait. Mais, il était tellement drôle que j’avais du mal à le disputer, et il le savait le bougre !! D’après mes informations, « Bataille » à Berlin, ce n’était pas triste non plus. Nos compagnons à quatre pattes étaient très joueurs.

 

Nous arrivons doucement au 02/02/2020 et à nos 18 ans respectifs. Nous laissons nos parents dans leurs ambassades et nous partons tous les quatre, Ivan, « Terrible », « Bataille » et moi, pour de nouvelles aventures. Nous allons poursuivre nos études en France.

 

Paris, prépares-toi à nous recevoir, Ivan, Boris et nous...

 

Odile Masson