LE MARRONNIER D'ODILE MASSON
 BIOGRAPHE 

Un bateau ou 4 bateaux nommés Astrobale.

 

L’Astrobale nautique est un ancien instrument de navigation servant à déterminer la position du navire à partir de la hauteur méridienne du soleil. Il a remplacé le quadrant de navigation et il sera remplacé par le quartier de Davis puis par le sextant.

 

Le premier bateau Astrobale est celui de l’expédition autour du monde de Jean-François de La Pérouse.

 

Jean-François de La Pérouse (1741-1788) est un capitaine de vaisseau choisi par Louis XVI pour conduire une expédition autour du monde pour compléter, et peut-être supplanter, les découvertes faites par l’explorateur britannique James Cook (1728-1779) dans le Pacifique.

 

Les deux frégates de l’expédition, la Boussole, commandée par La Pérouse lui-même et l’Astrobale, commandée par son second Paul-Antoine Fleuriot de Langle (1744-1787), partent de Brest le 1er août 1785, pour un voyage de 4 ans, avec 225 officiers, scientifiques et marins, des provisions et des marchandises.

 

En 1785, les flots les portent vers Madère, Ténériffe, l’île de Trinidad puis celle de Santa Catarina au Brésil.

En 1786, voici le Chili, l’île de Pâques, Hawaï, l’Alaska, la Californie  et les îles Mariannes.

En 1787, ce périple les mène à Macao, Manille, en Tartarie (Sibérie)  et aux îles Samoa et Tonga.

Si les îles Samoa et Tonga sont maintenant bien connues des amateurs de rugby, à cette époque, les européens n’étaient pas spécialement les bienvenus.

Lors d’une escale à Samoa, pour remplir des barriques d’eau fraîche, le 11 décembre 1787, les chaloupes sont attaquées. Une douzaine de morts, dont Langle, le commandant de l’Astrobale. Robert Sutton de Clonard (1751-1788), lieutenant sur la Boussole, prend alors le commandement de l’Astrobale après la mort de Langle.

Le 26 janvier 1788, c’est l’arrivée à Botany Bay, au sud de Sydney, en Australie. L’expédition y resta jusqu’au 10 mars 1788. Puis, c’est le départ pour la Nouvelle-Calédonie.

Après, mystère !

Une violente tempête et les deux frégates, en mai ou juin 1788, se fracassent sur des récifs du côté des Iles Salomon, à Vanikoro.

L’épave de l’Astrobale sera retrouvée en 1828, par Dumont d’Urville, et celle de la Boussole en 1964.

 

Le deuxième bateau Astrobale est celui de l’explorateur Jules Dumont d’Urville (1790-1842)

 

De 1822 à 1825, Dumont d’Urville part en expédition, sous le commandement de Louis Isidore Duperrey (1786-1865), avec la corvette la Coquille.

Au programme Tahiti, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Guinée.

Chargé de la botanique et de l’entomologie, il rapporte plus de 3000 espèces de plantes et 1200 espèces d’insectes.   

Au cours de ce long voyage, il a longé les îles Salomon et est passé tout près du lieu du naufrage du bateau de La Pérouse sans le savoir.

En 1826, Dumont d’Urville, à la demande du ministre de la Marine, part pour une nouvelle expédition dans l’océan Pacifique vers la Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Zélande.

Il est cette fois-ci le commandant de la Coquille qu’il rebaptise aussitôt Astrobale, car il a une seconde mission, celle de retrouver le lieu du naufrage de La Pérouse. Il repérera l’épave en 1828.

 

En 1837, il prend la tête d’une expédition dans l’Antarctique. Il commande l’Astrobale et son second, Charles Hector Jacquinot (1796-1879) est à la barre de la Zélée.

Ils partent le 11 septembre de Toulon et le 13 novembre, ils sont à Rio, puis au Chili.

En 1838 et 1839, c’est la traversée du Pacifique avec les îles Marquises, Bornéo et Sumatra, puis le passage du cercle polaire.

Fin janvier 1840, ils découvrent une région de l’Antarctique, une terre glacée inconnue. Un drapeau français, un nouveau nom, Terre-Adélie.

Ce territoire a pour sommet le pôle Sud et pour base 270 km de côtes baignées par la mer, nommée mer Dumont d’Urville. C’est un secteur de 432.000 km2 de glace avec des îles, comme celle des Pétrels. La température est polaire, de moins 1 à moins 7 degrés en été et de moins 15 à moins 20 en hiver.  

 

Le troisième bateau Astrobale est celui de l’Institut Paul-Emile Victor, du nom de l’explorateur (1907-1995)

 

Après plusieurs expéditions au Groenland, entre 1934 et 1939, Paul-Emile Victor réalise son premier voyage en Terre-Adélie en 1956. Il y installe la base scientifique antarctique Dumont d’Urville sur l’île des Pétrels.

Elle est dotée notamment d’observatoires magnétique et sismique.

Plusieurs colonies de phoques, léopards de mers, pétrels,  orques, manchots empereurs sont régulièrement observées sur place. Le film documentaire « La marche de l’empereur », sorti en 2005, a ainsi été tourné en Terre-Adélie.

 

En 1988, le brise-glace Astrobale est affrété pour établir une liaison maritime entre la base Dumont d’Urville et l’Australie, sur un trajet de 2700 km, allant d’Hobart, en Tasmanie, jusqu’à l’ile des Pétrels, en Terre-Adélie.

L’Astrobale a pour mission le ravitaillement de la base, transportant provisions et personnels, entre 4 et 5 fois par an, entre novembre et mars, durant l’été austral.

C’est un navire polaire à capacité glace avec une plateforme qui peut accueillir deux hélicoptères de type Ecureuil.

Pendant presque 30 ans, il a fidèlement assuré les rotations logistiques permettant aux scientifiques de vivre en permanence sur l’île des Pétrels.

Il a été remplacé, en 2017, par un patrouilleur et navire polaire, également appelé Astrobale, chargé bien évidemment de ravitailler la base 120 jours par an, mais aussi d’assurer la surveillance des zones de pêche.

 

Ils sont partis explorer les océans,  découvrir les terres,  apprivoiser les glaces, les Astrobale de La Pérouse, Dumont d’Urville et l’Institut Paul-Emile Victor, sont des bateaux de mystère, de légende. 

Ils sont quatre, ils sont un ! Ils portent la mémoire de ces marins explorateurs et passionnés qui ont façonné à jamais une partie de notre histoire maritime.

 

Odile Masson