ODILE MASSON-ECRIVAIN PUBLIC-RETOUR EN ADOLESCENCE 

 

Direction Tipi, Porte est

 

Retour en adolescence au camp de vacances « Aloi Iola ». Mon père m’avait inscrit à ce stage ludique à visée éducative d’une semaine.  Imaginez la maison commune, une grande demeure en bois lasuré chêne foncé avec son immense terrasse en fer forgé et des dortoirs pour les plus petits. Un peu plus loin, pour les ados, une douzaine de tentes réparties en cercle au milieu des bois. On sentait monter l’humidité du marais voisin et la tramontane soufflait fort. Soudain, sursaut, un râle déchire le silence ! Ouf, c’est juste un cerf qui rée. Ainsi racontée, cette arrivée au camp paraît impressionnante, mais zen, zen, tout va bien !

Quatre groupes de trois tipis, pour nous les ados, les « salés », les « sucrés », les « poivrés » et les « huilés ». Je m’installe dans le trio des « salés ».Mon tipi s’appelle « Di », celui sur ma droite c’est « Bi » et celui sur ma gauche se nomme « Ci ». Les tentes des autres trios avaient aussi des noms surprenants dont le sens m’échappe toujours aujourd’hui. La semaine passa vite ! Lit plié en portefeuille le premier jour, bataille de polochons le second, concours de bêtises le troisième, un petit larcin le quatrième, et le clou du spectacle, la chasse aux pièces d’or la suite de la semaine !!

 « Ohé, que viens-tu faire dans mon antre, tu cherches l’Hidalgo ? » La phrase magique qui déclenchait les hostilités! Une caisse en fer pleine de cailloux dorés cachée dans le bois à tour de rôle par chacun des trios. Un jeu de piste passionnant qui se terminait à chaque fois par la victoire des « salés » !!! Qui c’est le chef ?!!!

Je suis revenu plusieurs fois dans ce camp et j’ai toujours dormi dans le tipi « Di ». Sa porte était la seule entièrement orientée à l’est. D’après certaines croyances indiennes, cette position, la première des directions sacrées, représente la connexion avec le grand mystère, le commencement de toute chose. Sans être mystique, quelque chose me relie à ce tipi et, malgré les années, ce lien est toujours présent.

L’avion décolle. A son bord mon fils qui, à son tour, comme un éternel retour, va passer une semaine au camp « Aloi Iola » ! Envol direction Tipi, porte Est !!

                Odile Masson

 

 

Le Carrousel "Bu"

 

Récupérer de vieux outils ou détourner le sens habituel des objets et donner une nouvelle vie aux choses oubliées,  voilà ma devise. Je suis Paul Nem, l'écolo de service.

 

J'ai construit mon carrousel avec d’anciennes traverses de chemin de fer en bois de sal qui viennent de la commune de Lu, dans le Piémont. C’est mon premier ouvrage, le procédé n'est pas encore breveté. Je l'ai donc appelé « BU », le chiffre 1 dans le langage des Shadoks.

 

Il doit être terminé d'ici un an, pour l'inauguration de la colonie de vacances « Lassa », sise de l'autre côté du ru en forme de esse qui serpente entre les champs. Même si la date est déjà mentionnée sur le net, une famille s'est liguée contre ce projet et l'affaire n'est donc pas faite. Ce n'est pas grave, moi je continue mes créations.

 

Les sièges de mon carrousel auront des formes spéciales, certains seront uniquement décoratifs, d'autres seront réservés aux adultes, tous auront un nom. Je viens de finir la « Guerrière », une pirogue pour deux personnes à la ligne fuselée, creusée également dans un tronc de sal. Elle est décorée de bouquets de têtes d'ail attachés avec de la laine rouge pour conjurer le mauvais sort. La pagaie est constituée d'un vieux Luger vissé dans un tube en fer. Ne vous inquiétez pas, ce pistolet de collection ne fonctionne plus depuis longtemps! Je vais maintenant commencer le «XV», un grand ballon de rugby posé sur son tee, avec des peaux de mouton cousues, des fils de téléphone et des rails!

 

Oui, je sais, je suis fou! Mais, vous verrez, cela sera spectaculaire! Venez voir « BU », le carrousel magique!!!

 

Odile Masson                    

 

 

 

"Carroutipi" ou le Grand Mystère

 

Mon père, Paul Nem, a toujours été un écolo dans l’âme. Il a construit, il y a un an, son carrousel « Bu », concept original et breveté, qui a beaucoup plu.

 

Depuis, il a créé une association éducative la « Guerrière », c’était le nom de sa pirogue fuselée en sal, mentionnée en bonne place sur le net. Il travaille avec Delphine Liguée-Marais, la directrice du centre de vacances « Lassa », sur un nouveau projet.

 

Mon oncle, Pierre Luger, et Tom, mon cousin, restent nostalgiques du centre « Aloi Iola », des « salés », des tipis « Di », « Bi », « Ci » ou de la chasse à l’hidalgo!

Le bois lasuré de la maison commune a mal vieilli, le cerf ne rée plus et la tramontane nous raconte des histoires tristes. Un été, le ru voisin est sorti de son lit et le camp a été inondé. C’était plié, une saison fichue.

L’année d’après, une bataille rangée au rugby après un larcin stupide, un vol de tee pour être précis, a conduit quelques jeunes dans l’antre d’une autre maison, de correction celle-ci, sise quelques kilomètres plus loin.

Enfin, un incendie absurde a détruit le tipi « Di »! Une tresse d’ail suspendue à l’esse en fer du tipi est tombée dans le feu de bois central projetant, hélas, des braises sur les tentes installées autour et les tipis se sont ainsi tous embrasés.

J’ai lu dernièrement, dans la presse locale, l’annonce de la fermeture définitive du camp. Il n’y a plus un « Ohé » sonore qui raisonne, ni un beau chant zen qui s’élève dans le marais de « l’Aloi Iola ».

 

Ainsi va le mystère de la vie ! Les choses naissent, meurent, renaissent encore et toujours.

 

Toute notre famille s’est engagée dans la « Guerrière » pour monter ce fameux nouveau projet avec « Lassa ». Il s’agit de la construction d’un carrousel géant en forme de tipi, orienté, comme le veut la tradition, à l’est!

 

Son nom : « Carroutipi ou Le Grand Mystère » !

                                                                                                                                                                                                                                                                               Odile Masson