ODILE MASSON-ECRIVAIN PUBLIC-HIVER PRINTEMPS 2019

L'Hôtellerie des Hérons cendrés - Histoire de février 2019

 

L'Hôtellerie des Hérons Cendrés

 

Nous voici, après un voyage court mais ennuyeux, enfin arrivés à «l’Hôtellerie des Hérons Cendrés».

A peine sortis de voiture, mon mari, las de souvent devoir expliquer son art, agresse le portier, ce «manant» qui ne connaît rien à ce jeu de tir sportif, qui confond ses précieuses arbalètes avec des arcs. Je les laisse caser les bagages dans l’ascenseur et gérer l’emménagement dans notre suite.

Je préfère partir à la découverte de cette immense et belle demeure qui sort assurément du lot.

Les dieux se sont incarnés dans ces lieux pour rendre ces murs âgés si hors du temps, ce patio au sol dallé, représentant un immense échiquier, recouvert d’un tapis usé au ton pourtant chatoyant, si spécial, ce jardin, où une vieille scie musicale posée dans l’herbe attend son soliste, où un grand pion blanc de jeu d’échecs attend son cavalier, si surprenant. Une coupe de fruits confits d’Apt posée sur une grande table basse et des bancs agréables complètent ce tableau.

Confortablement installée dans le jardin, en attendant mon mari, une flûte de champagne à la main, j’observe les papillons qui volent au-dessus des orchidées. En voilà un, je pense que c’est un  « Grand Nègre à bandes fauves », il est véritablement magnifique. 

Je feuillette l’intéressante plaquette de l’établissement. Il y a vers l’ouest une base de loisirs. Mon mari pourra jouer avec ses arbalètes. Il y a surtout, au sud, un parc aux oiseaux où l’on peut donc admirer le héron cendré, mais aussi l’ara rouge de la péninsule d’Osa et le fou de Bassan de l’île de Sein.

Ces quelques jours de repos, je le sens, vont être idylliques à «l’Hôtellerie des Hérons Cendrés».

                Odile Masson

 

La grange de Nil Vèle - Histoire de début mars 2019

 

La grange de Nil Vèle

 

J’arrive, au bout de la rue des peaussiers, devant une grande maison d’architecte. Elle est cachée des regards par une haie de sorbiers des oiseleurs. C’est la mienne. Mon nom, Nil Vèle, je suis l’architecte en question. C’est la fin de la journée et il est bon de rentrer chez soi.

 

Je travaille actuellement sur la transformation d’une immense et ténébreuse grange en chambres d’hôtes. Ce projet est loin d’être minime et les ennuis s’amoncellent.

 

Tout d’abord, un hurluberlu, spécialiste du continent perdu Mu, engagé en faveur de la sauvegarde des abeilles et de la qualité du miel, m’a fait un procès pour protéger une espèce d’orchidée, Aa, dont les abeilles sont friandes. Il est reparti, nu comme un ver, ne pouvant pas prouver l’existence de cette fleur dans la région.

Ensuite, mon ami le maire m’a refusé un permis de construire. Il cherche à se faire élire député et il soigne ses relations. Il apprend le tir aux pigeons avec le notaire du village voisin. Il n’est d’ailleurs pas très doué et, dès qu’il entend le bip, il tire dans tous les coins avec des yeux ronds comme des billes de loto. Le notaire avait des acheteurs étrangers pour le terrain adjacent à la grange avec un projet de complexe hôtelier. Ce plan a finalement échoué et le maire m’a accordé le permis.

Enfin, une rumeur a fait arrêter les travaux et fuir mes ouvriers. En creusant, ils ont mis au jour un ancien mur. Un homme bien intentionné, ou plutôt mal en l’occurrence, qui avait fait un pèlerinage dans le Piémont, a cru reconnaître dans ce mur des pierres sacrées du sanctuaire de Re. Des fouilles plus approfondies n’ont pas validé cette hypothèse et l’ambiance s’est calmée.

Bon, j’espère que maintenant ce chantier va prendre sa vitesse de croisière.

 

Allez, une grande dose de TnT, un cocktail très explosif à base de téquila, un soleil couchant et un bon week-end en perspective.  

Odile Masson                    

 

 

Le planeur indigo ou l'amitié oubliée - Histoire de fin mars 2019

 

Le planeur indigo ou l'amitié oubliée

 

Un soir de lune rousse deux individus couchés se cachent derrière un if.

- Tu as entendu ce bruit bizarre ? « isamisam… ».

- Quelle langue parles-tu ? L’Ute ?

- Chut ! Quelqu’un nous épie je te le dis.

Qu’est-ce que tu es froussarde. C’est Marc qui arrive avec le treuil. Son ninas sent à cent mètre. 

En effet, à quelques pas de là, je fume mon habituel cigarillo, prêt et conscient des risques. Ceci n’est pas légal mais le vol d’origine sur nos terres était tout aussi nul. Sain d’esprit, je ne suis ni un casseur ni un criminel, je veux juste récupérer ce qui m’appartient.

Cette bataille judiciaire autour des brevets et des plans, pour savoir qui était propriétaire de quoi, était une stratégie inopérante. Ne pouvant pas prouver le vol du planeur et des documents, nous avons perdu le procès, mais pas la bataille.

Avec ma sœur et mon beau-frère, nous passons maintenant à l’attaque.

- Tout va bien petite sœur. Le camion est garé, prêt à partir, devant le hangar. Surveille le coin, avec Yann nous allons casser les serrures et ouvrir les portes.

Catherine resta seule dans le noir. De longues minutes s’écoulèrent et la peur s’infiltra en elle. Du calme. Puis elle entendit la voix de son frère lui disant de venir. Soulagée, elle arriva en courant.

Dans le hangar, devant elle, majestueux, « Eta », le planeur biplace étend ses ailes. Sa belle couleur indigo brille sous la lumière de leurs lampes torches. Dans le cockpit, sous le tableau de bord, les lettres « ERE » sont bien visibles. C’est la signature de l’ingénieur en aéronautique qui a créé cet appareil, son père.

Elle pense aussi à Jacques, l’associé et ami de son père qui, à la mort de celui-ci, a trahi et volé le biplace.

- Catherine, arrête de rêver. Yann, fixe le câble de remorquage, le temps court vite et le trajet sera long.

Nous sommes deux jours après. Notre planeur indigo est enfin rentré à la maison, protégé des regards, des voleurs et des amitiés oubliées.                                                                                 

Odile Masson